À l’Académie d’État des Beaux-Arts de Karlsruhe, Elisabeth Bakambamba Tambwe revisite avec ses étudiants l’art de la performance des années 1960 et 1970, non pas pour le préserver, mais pour tester ce qu’il en reste aujourd’hui. La chorégraphe viennoise, née en République démocratique du Congo et connue pour SelFist, Beyond the Overflow, Speech of Love: Absence et Jeanne Dark, définit cette recherche comme du « théâtre-processus » — où le temps devient matière et la performance un champ de transformation plutôt qu’un objet achevé.
La question n’est pas de savoir si ces œuvres peuvent être reproduites, mais ce que leurs gestes révèlent encore aujourd’hui. Entre « white cube » et « black box », « You disturb my sleep » explore la distance entre hier et aujourd’hui, sans pour autant reconstruire l’histoire. Chaque geste se déploie selon sa propre logique tout en alimentant les autres : les matériaux s’accumulent, les corps se transforment, les voix parcourent l’espace, les actions s’étendent au-delà des limites du visible. Ensemble, ils forment un paysage de traces, de répétitions et de transformations, ouvrant de nouvelles perspectives sur la performance et la présence.
Les références à Tehching Hsieh, Dan Graham, VALIE EXPORT, Bruce Nauman, Chris Burden et Vito Acconci ne sont pas présentées comme un canon à admirer, mais servent de points de départ pour interroger ce qui subsiste et ce qui change. La performance explore la pérennité des formes dans des conditions changeantes : que peut encore faire un geste une fois que son contexte d’origine a disparu ?
CRÉDITS :
Direction artistique : Elisabeth Bakambamba Tambwe
Conception, scénographie, costumes et interprétation : Emma Tietze, Ferry Kummich, Hanna Braun, Lana Koeters, Nicolas Patzer, Sebastian Hesse, Soheil Honarmand
Assistante de projet : Emma Tietze
Recherche : Yüksel Isabel Songurtekin ; Erle Blume
Regard extérieur : Ulrike Haß
Musique : Ursula Winterauer
Conception lumière : Peter Kutin
Recherche et soutien rédactionnel : Benoît Jouan
Montage vidéo et documentation : David Pujadas Bosch
Direction de production : Indra Jäger
Production : Dig Up Productions
Coproduction : Académie d’État des Beaux-Arts de Karlsruhe / ImPulsTanz – Festival international de danse de Vienne
titelpic: Hanna Braun :Valie Export (c) Eugenia Maximova/Dig Up Productions
BIOS
Elisabeth Bakambamba Tambwe
Née à Kinshasa (RDC), Elisabeth Bakambamba Tambwe a grandi en France où elle a suivi des études artistiques. En 1998, elle a obtenu le « Diplôme national d’expression plastique » pour son travail de sculpture à l’École des Beaux-Arts de Tourcoing, en France.
En tant qu’artiste, chorégraphe et metteuse en scène, elle travaille avec diverses formes d’écriture : performance, chorégraphie, cinéma, œuvres interactives et génératives, ainsi qu’avec différentes dramaturgies et différents espaces tels que les installations et les scènes. Elle s’intéresse à l’émergence de nouvelles formes d’altérité, ainsi qu’aux relations et aux langages singuliers qu’elles font naître. Que révèlent-elles de notre humanité, et en quoi remettent-elles en question la notion d’anthropocentrisme ? Ses projets sont transdisciplinaires et collectifs, et cherchent à inventer des espaces de recherche partagés entre l’art de la performance et les sciences sociales.
Les œuvres chorégraphiques et performatives d’Elisabeth Tambwe explorent la multiplicité des perspectives qui façonnent la réalité. Ses dispositifs scénographiques déstabilisent la perception conventionnelle, fragmentant les corps, les espaces et les récits. À travers la performance, elle met en lumière les ambiguïtés inhérentes aux conventions sociales, politiques et esthétiques, en mettant en scène les contradictions et les positions incohérentes qui façonnent la subjectivité contemporaine. Son travail s’inspire fréquemment de sources philosophiques et littéraires, notamment des écrits de Roland Barthes, explorant la fragmentation, la perception et l’instabilité du sens.
Emma Tietze
Emma Tietze (née en 2000 à Aix-la-Chapelle) vit et travaille à Karlsruhe, en Allemagne. À la croisée de la vidéo, de la performance et du texte, elle explore la perception physique du corps par rapport à l’individu et au groupe, et s’interroge sur la validité même d’une telle distinction
Ferry Kummich
Ferry Kummich, né en 2003 la veille de Noël à Hoyerswerda, en Allemagne, est un sculpteur interdisciplinaire qui étudie actuellement à l’Académie d’État des Beaux-Arts de Karlsruhe dans la classe de Jeremy Shaw.
Hanna Braun
Hanna Braun (née en 2000 à Filderstadt) vit à Karlsruhe et étudie les beaux-arts à l’Académie d’État des Beaux-Arts. Son travail explore le changement et les paysages oniriques. Les traces qu’elle trouve tant en elle-même que dans la société l’inspirent à les saisir. Au cœur de cette démarche se trouve la tentative d’établir des liens entre des empreintes profondément ancrées et la nature éphémère de l’instant.
Lana Koeters
Lana Koeters (*1998, Pforzheim) étudie les beaux-arts à l’Académie d’État des Beaux-Arts de Karlsruhe dans la classe de Tamina Amadyar, Markus Schinwald, Ulla von Brandenburg et Daniel Roth. Dans le cadre de ses études, elle explore divers supports dotés d’une dimension performative. Les traces, les empreintes et les processus internes du corps humain y jouent un rôle central.
Nicolas Patzer
Un type qui regarde des œuvres d’art dans des galeries, joue aux machines à sous et passe du temps dans les cafés.
Parcours et œuvre
Sebastian Hesse
Sebastian Hesse (*1998, Rinteln) étudie à l’Académie d’État des Beaux-Arts de Karlsruhe. Au cours des dernières années, il s’est spécialisé dans la céramique. La nature et ses multiples structures sont à l’origine de nombreuses œuvres. Du plus petit au plus grand, des bourgeons, cônes et insectes jusqu’aux nuages, montagnes et paysages. Sur le plan technique, il travaille l’estampe, le dessin, la peinture et diverses techniques céramiques. C’est pourquoi ses œuvres vont du dessin à la peinture, en passant par la sculpture et l’installation.
Soheil Honarmand
Soheil est un artiste multidisciplinaire qui travaille avec différents supports, guidé par la conviction que chaque idée trouve sa propre forme. Marquée par des épreuves telles que le déplacement, sa pratique porte les traces du mouvement, de la rupture et de la mémoire. Son travail se déploie à travers un regard profondément personnel, tout en recherchant délibérément la friction et le défi. Oscillant entre le politique et l’intime, sa pratique provoque autant qu’elle reflète, confrontant la fragilité et la résilience de la condition humaine. Tout cela se déroule à la fois dans des réalités personnelles et collectives.
David Pujadas Bosch (assistant vidéo et documentation / Video-Assistenz und Dokumentation)
David Pujadas Bosch (il), né à Barcelone, vit à Vienne depuis 2000. Après des études d’économie à l’Université de Barcelone et un passage chez IBM Autriche, il s’est orienté vers les beaux-arts à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne auprès de Monica Bonvicini, Harun Farocki, Thomas Heise et Emily Wardill.
Sa pratique s’articule autour de la vidéo et du cinéma, mais aussi du théâtre, de la photographie, de l’animation, du dessin, de la performance et des installations sonores. Il collabore avec de nombreux artistes et travaille de manière interdisciplinaire dans le domaine de l’art et de la culture contemporains.
Il a contribué à Paradigmata – Magazine for People and Discourses et a occupé divers postes dans la production cinématographique, principalement à la caméra et au montage. Son travail comprend également la documentation de performances, d’expositions et de colloques, ainsi que la production de courts-métrages, de clips musicaux et d’installations vidéo pour des institutions telles que le Vitra Design Museum, le 21er Haus et la Commission autrichienne pour l’UNESCO.
Ursula Winterauer (musique /Musik)
Ursula Winterauer, alias Gischt, vit et travaille à Vienne en tant que compositrice, productrice de musique électronique et commissaire d’exposition. Ses paysages sonores éclectiques proposent des interprétations nuancées des genres industrial, techno et ambient, qui se reflètent à travers la guitare basse, les synthétiseurs et des nuages d’électrosmog. Son travail explore des sons bruts et brutaux dans un état de surdétermination numérique, souvent mis en contraste avec le caractère limpide de sa propre voix. Elle est bassiste du groupe de doom metal Eaeres et forme, avec Maja Osojnik, le duo The Answer is No. Winterauer développe des pièces pour des ensembles, travaille comme conceptrice sonore et compositrice de musique de film, et crée des compositions pour la danse contemporaine. Elle est cofondatrice et directrice du label Ventil Records, coorganisatrice et directrice commerciale du festival Unsafe+Sounds, et a été commissaire du New Salt – Festival for Sonic Exploration & Digital Art en 2024.
Peter Kutin (lumières / Licht)
Peter Kutin explore le son et ses possibilités compositionnelles à la croisée de divers domaines. Ses œuvres, qui ne se cantonnent à aucune discipline, se caractérisent par la fusion de la musique avec l’image, la sculpture, la lumière, l’art cinétique ou la vidéo.
Cette exploration approfondie de l’interdépendance et de l’interaction entre les stimuli sonores et visuels a élargi son champ artistique bien au-delà de la musique, donnant naissance à une série de films expérimentaux, de scénarios multimédias, de sculptures cinétiques et de performances scéniques. En 2026, son premier long métrage, Sound of Musick [sic !], devrait être achevé.
Kutin a reçu de nombreux prix, bourses et résidences. En 2019, sa sculpture sonore cinétique Torso#1 a été récompensée par le Prix Ars Electronica. En 2016, aux côtés de la compositrice Christina Kubisch et de son collaborateur de longue date Florian Kindlinger, il a reçu le prestigieux prix Karl-Szucka de la SWR pour la composition Desert Bloom.
Il est actuellement basé à Bruxelles en tant qu’artiste en résidence au centre d’art contemporain WIELS.
Benoît Jouan – Recherche et rédaction
Benoît Jouan (*1972) est auteur et illustrateur. Il a suivi des études d’arts plastiques et est titulaire d’un diplôme universitaire (Master en arts visuels et plastiques de l’université Lille III, France) ainsi que de diplômes d’écoles d’art (Diplôme national supérieur d’expression des arts plastiques – DNSEP et Diplôme national d’arts plastiques – DNAP de l’École de Tourcoing, France). Il a travaillé pendant vingt ans (1999-2019) au Musée d’art moderne, contemporain et outsider de Lille Métropole (LaM), à Villeneuve-d’Ascq (France), en tant que conférencier et animateur d’ateliers artistiques (spécialisé dans la gravure) dans des environnements fermés tels que des hôpitaux psychiatriques et des prisons. Il collabore avec Elisabeth Bakambamba Tambwe depuis 1998. Il s’est installé à Vienne en mars 2022, où il vit et travaille désormais.
Indra Jäger (production / Produktion)
Née à Francfort-sur-le-Main, Indra Jäger vit à Vienne depuis 2000. Après des études de journalisme et de sciences de la communication, elle a cofondé et dirigé l’association artistique et culturelle IM ERSTEN, au sein de laquelle elle a lancé et coordonné de nombreux projets interdisciplinaires.
Depuis 2022, elle travaille en tant que productrice aux côtés d’Elisabeth Tambwe sur le format de performance discursive Salon Souterrain, ainsi que sur les productions Speech of Love: Absence, Beyond The Overflow et SelFist.
Son travail s’attache à explorer et à créer des espaces de communication, des structures égalitaires et des formats participatifs. Cet intérêt se reflète également dans son implication dans des projets de recherche et dans son travail avec la plateforme autrichienne relevant.news dans le domaine du journalisme de solutions.

Avec le soutien de:

Détails de l'évènement:
You Disturb My Sleep
26 Juillet 2026 @21h00
28 juillet 2026 @22h30
IMPULSTANZ FESTIVAL
Kasino am Schwarzenbergplatz
Schwarzenbergplatz 1,
1010 Wien